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Dans les coulisses de l’éolienne citoyenne de Temploux

22 septembre 2026 par
Dans les coulisses de l’éolienne citoyenne de Temploux
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Un village qui se mobilise pour construire une éolienne et produire sa propre énergie renouvelable ? C’est ce qui se passe à Temploux, près de Namur. Le président de la coopérative Eole-Lien, Pascal Gatellier, nous a fait l'honneur de tout nous dire sur ce modèle économique local et coopératif de production d'électricité. Découvrez notre échange.


CEN : Pascal, merci de nous recevoir. Racontez-nous la genèse de ce projet. Comment tout a commencé ?

PG : Le projet est né en 2012 dans la tête d’un groupe de citoyens au sortir d’une réunion assez animée … de présentation d’un projet de parc éolien à Temploux ! Le promoteur de l’époque n’avait pas tenu compte de la présence de l’aérodrome. Avec quelques-uns, on s’est dit : s’il doit y avoir des éoliennes dans le village, pourquoi pas nous ? Une dizaine de personnes, un peu folles, se sont mises en projet, ce qui a permis la création de la coopérative Eole-Lien en 2013.

Nous étions un groupe de gens du village, entre autres quelques ingénieurs, un architecte, tous sensibilisés à la problématique énergétique. On a commencé à faire des recherches pour créer « notre » éolienne du début à la fin. A l’époque, on ne s’imaginait pas le boulot et les embûches qui nous attendaient au cours du processus !

En quoi est-ce le projet d’un village ? Quelle a été la réaction de la population ?

Tous les fondateurs du projet étaient du village. Dès le début, nous avons communiqué et informé le plus possible vers la population de Temploux et alentours. Nos réunions ont commencé tôt et ont été régulières. Au départ, il y avait pas mal de questions, mais notre projet n’était pas le premier, puisqu’il y avait déjà un parc à Spy, les gens savaient à quoi s’en tenir. Aujourd’hui, notre projet remporte une adhésion très large avec 900 coopérateurs, essentiellement des particuliers des environs qui ont investi de petites sommes.


Une éolienne à visiter

Le dimanche 27 septembre, visitez l'éolienne de Temploux ainsi que le chantier de la seconde éolienne.

Dans le cadre du Festival Namur Demain, Emissions Zéro organise une balade à vélo depuis Namur pour rejoindre le site. Mais on peut aussi arriver sur place en voiture.

Infos et inscriptions sur le site du Festival Namur Demain


Un projet à finalité sociale


Vous avez monté la coopérative à finalité sociale Eole-Lien. Quels sont ses objectifs ? Y a-t-il du bénévolat ou des salariés ?

La coopérative repose sur le bénévolat, et nous espérons conserver ce fonctionnement, car fonctionner avec des employés, cela coûte cher. L’objectif d’Eole-Lien est triple. Le premier axe, sans surprise, c’est de produire de l’électricité verte et d’en faire bénéficier un maximum de gens. Nous sommes actionnaires d’une autre coopérative, fournisseur d’électricité, Cociter, qui se charge de commercialiser des contrats d’électricité verte et citoyenne, en association avec d’autres  coopératives productrices comme nous.

Deuxièmement, nous avons un volet financier. Les coopérateurs perçoivent un dividende de 6%, chaque année depuis la mise en place de l’éolienne en 2021, sauf en 2025 où nous avons réduit ce dividende à 4 % pour mobiliser le solde en vue de monter une seconde éolienne.

Enfin, notre coopérative a également une finalité sociale avec le Fonds Eole-Lien Solidaire. Chaque année, nous consacrons 20.000 EUR à des projets citoyens divers, présélectionnés par la Fondation Roi Baudouin. Ce sont par exemple le Creaves de Temploux, un projet « Ose la Science », le projet « Temploux à vélo sans âge », un projet « De la terre à l’assiette » à l’école Saint-Joseph de Spy, etc. En 2023, nous avons aussi soutenu la cellule énergie du CPAS de Namur à concurrence de 50.000 EUR. Ce service accompagne gratuitement tout résident de la commune de Namur dans la compréhension et la maîtrise de ses énergies au sens large.


Le niveau de bruit d’une chambre à coucher


L’obtention du permis a pris 5 ans. Y a-t-il eu des contraintes ou conditions particulière imposées ?

Oui, il y a plusieurs types de mesures. Tout d’abord, des mesures compensatoires en matière de biodiversité. Nous devons consacrer un hectare de terrain agricole à des semis nourricier pour les oiseaux et la petite faune. Un garde-manger pour les oiseaux, en quelque sorte. Ce terrain est situé à 500m de l’éolienne.

Ensuite, il y a des limitations pour préserver les oiseaux et les chauves-souris. Les pales ne peuvent descendre à moins de 30m du sol. Entre avril et octobre, l’éolienne est à l’arrêt pendant 6 heures à partir du coucher du soleil, dans certaines conditions météo. Notre production est ainsi réduite de 2 à 3 %.

Concernant le bruit, notre permis impose une étude de bruit après l’implantation. Une nuit après le placement des 8 sonomètres, il a fallu en retirer 7 car le bruit de l’éolienne était couvert par celui de l’autoroute. Le 8ème appareil a démontré qu’on était au niveau de bruit acceptable dans un chambre à coucher, soit largement sous les normes.

Cette éolienne, pouvez-vous nous la décrire ?

C’est un modèle de type Enercon de 150 mètres de haut, les pales ont un diamètre de 120 mètres. Elle a une puissance de 3,5 MW, bridée à 3 MW pour des raisons administratives. Elle est implantée le long de l'autoroute E42 non loin du carrefour de Saussin. L’éolienne a été conçue de manière indépendante, mais elle est contigüe au parc éolien de Spy, situé de l’autre côté de la E42. Avec notre seconde éolienne à 500 m, le parc dans son entièreté comptera 10 mâts.

Parlons un peu de cette seconde éolienne en construction. Quelles leçons avez-vous tiré du premier projet pour améliorer le deuxième ?

Déjà, l’obtention du permis a été beaucoup plus courte. Le chemin parcouru avec la première nous a donné l’expérience du montage d’un projet complexe, par exemple pour optimiser la communication avec la population et les autorités communales. Actuellement en construction, elle aura une hauteur de 150 m, toujours Enercon, mais avec une puissance de 4,2 MW. Pas plus grande mais plus puissante : merci les progrès technologiques ! Nous avons aussi obtenu un raccordement direct et spécifique au réseau électrique.

Côté financement, le capital nécessaire pour la 2ème éolienne a doublé par rapport à la première, en raison de la hausse du prix du matériel et des taux d’intérêt. Malgré cela, la collecte des fonds nécessaire était bouclée en trois mois, un délai exceptionnellement court, qui témoigne de l’engouement pour notre projet.


Reconditionnée à 95 %


Quelle est la durée de l’exploitation ? Que se passera-t-il en fin de vie ?

Notre horizon actuel est d’exploiter ces 2 éoliennes pour 25 ans, avec une possibilité de prolongation. On verra alors si c’est toujours rentable. La plupart des projet éoliens en fin de vie font du « repowering », c’est-à-dire qu’on remplace l’ancienne éolienne par une nouvelle, plus puissante et plus moderne, là où c’est autorisé. Pour ce qui nous concerne, notre feuille de route prévoit un démantèlement, pour lequel nous constituons une provision chaque année. Certains dénigrent les éoliennes pour leur faible potentiel de recyclage en fin de vie. Je peux vous dire que c’est totalement faux ! Une éolienne est reconditionnée à plus de 95 % : les fondations en béton armé, et la tour en acier sont parfaitement recyclables, ainsi que l’électronique. Pour les pales, c’est plus difficile, mais en général on procède à un broyage sur site, broyat qui est utilisé comme additif pour les revêtements routiers ou combustible pour les cimenteries. Dans tous les cas, lorsqu’on remplace une éolienne, la fondation doit être nouvelle car chaque type d’éolienne nécessite une étude de fondation spécifique.


Une production très variable

Est-ce que l’éolienne produit autant que vos prévisions (ou plus, ou moins) ?

Lors de la conception du projet, nous avons analysé le potentiel de production, sur une échelle de probabilités. L’indice P50 correspond à la production annuelle qu’on a 50 % de chances de réaliser, soit l’hypothèse moyenne. L’indice P90 correspond à l’hypothèse basse, c’est-à-dire le volume de production qui est assuré avec une probabilité de 90 %. Par rapport à ces prévisions, notre production varie très fort d’une année à l’autre.

  • En 2022, nous avons produit l’équivalent du P50.
  • 2023 a été une année exceptionnelle, où nous avons produit l’équivalent du P10 (production très élevée, avec une probabilité de 10%).
  • En 2024, nous sommes redescendus au P50.
  • 2025 nous étions au P90, soit très bas.

L’éolienne produit essentiellement en hiver ainsi qu’au printemps et en automne, très peu en été.

Dans ce vaste projet aux dimensions diverses, quelles sont les tâches que vous prenez en charge au niveau de la coopérative ?

La construction est principalement prise en charge par le fournisseur de l’éolienne. Pour la seconde éolienne, nous avons fait appel à nos propres fournisseurs, souvent de la région, pour les fondations ainsi que la partie électricité et raccordement. Le chantier est suivi par 2 ou 3 bénévoles, à raison d’une réunion au minimum par semaine.

Comment s’effectue la maintenance ? Cela demande-t-il beaucoup de suivi ? Qu’est-ce que vous prenez en charge vous-même et qu’est-ce que vous sous-traitez ?

C’est le constructeur de l’éolienne qui la prend en charge via un contrat de maintenance sur la durée de vie de l’éolienne. Mais nous sommes sur le terrain et nous surveillons aussi. Il m’est arrivé de demander une intervention sur un point que j’avais identifié plus vite qu’eux. Il y a aussi des circonstances particulières où nous intervenons. Par exemple, des capteurs sont chargés de détecter la présence de glace sur les pales en hiver, et de provoquer un arrêt forcé pour éviter tout accident causé par des blocs de glace projetés par le mouvement des pales. Mais ce dispositif ne prévoit pas le redémarrage automatique de l’éolienne. Dans ces cas, nous allons sur place pour appuyer sur le bouton de relance.


« L’électricité prend toujours le chemin le plus court »


Comment écoulez-vous l’électricité produite ? Peut-on vous acheter l’électricité de l’éolienne ?

Comme vous le savez, on ne peut évidemment pas distribuer l’électricité comme on veut. Ce qui est produit à Temploux est de l’électricité dite « non équilibrée », c’est-à-dire que son volume est variable et ne correspond pas à la demande finale, alors que la contrainte du réseau est que la production doit toujours correspondre exactement à la consommation. L’équilibreur, lui, fournit une électricité dite « équilibrée » à un fournisseur d’énergie, qui la commercialise auprès du public. Notre fournisseur, c’est Cociter. Mais puisque l’électricité prend toujours le chemin le plus court, le village est d’une certaine manière alimenté par nos éoliennes.

Au final,  quelle est votre spécificité ? Est-ce reproductible ailleurs? Quels conseils avez-vous à donner à d’éventuels candidats ?

Notre spécificité, c’est de monter le projet nous-mêmes de A à Z alors que beaucoup d’éoliennes citoyennes se créent par le rachat d’un mât sur un parc plus large.

Notre modèle est reproductible, mais chronophage. Si vous vous lancez dans l’aventure, un conseil : si vous avez la possibilité achetez le terrain plutôt que de le louer, foncez. C’est ce qui nous est arrivé avec la seconde éolienne est cela simplifie nos contraintes et notre fonctionnement.

Ceci dit, c’est clair que nous étions là au bon endroit et au bon moment. L’aventure nous a pris et nous prend encore énormément de temps et d’énergie, mais nous avons l’avantage d’être maîtres de toute la chaîne. En résumé, notre modèle nous laisse plus de liberté dans nos choix.


👉 Retrouvez plus d'informations sur le site d'Eole-Lien : https://eole-lien.be

 

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Prendre des parts dans l'éolienne, c'est possible ! Acheter une ou plusieurs parts de la coopérative est une manière de réaliser une épargne éthique et solidaire et de s’engager dans un projet citoy-lien!

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